Méditation – la méthode de base

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Premier stade : la vigilance à l’instant présent

Dans mes cours de méditation, j’aime commencer par ce stade simple d’abandonner les bagages du passé et du futur. On peut penser que c’est facile, mais ce n’est pas le cas. Abandonner le passé signifie ne plus penser à votre travail, votre famille, vos engagements, vos responsabilités, aux bons et aux mauvais moments de votre enfance, etc. Vous abandonnez toutes les expériences passées en vous en désintéressant complètement. Pendant la méditation, vous devenez quelqu’un qui n’a aucun passé. Vous oubliez où vous habitez, où vous êtes né, qui étaient vos parents, comment vous avez été éduqué. Vous renoncez à tout cet historique. De même, si vous méditez avec d’autres personnes, tout le monde est sur un même pied d’égalité, en tant que simple méditant. Peu importe si vous êtes un débutant ou au contraire un méditant chevronné.

En abandonnant tout ce passé, nous sommes libres et égaux. Nous nous libérons des préoccupations, des perceptions et des pensées limitantes, qui nous empêchent de développer la paix qui procède du lâcher-prise. Toute parcelle de notre histoire est finalement laissée de côté, même le souvenir de ce qui s’est passé il y a un moment. Tout ce qui a eu lieu ne nous intéresse plus, nous le laissons filer. Cela n’a plus de répercussion dans notre esprit.

J’appelle cela rendre l’esprit pareil à une cellule capitonnée. Quand une expérience, une perception ou une pensée frappe le mur de cette cellule, elle ne rebondit pas, elle s’évanouit dans le capitonnage et disparaît. Il n’y a plus d’écho du passé dans notre conscience. Certains estiment qu’en se penchant sur le passé on peut apprendre des choses qui nous aideront à résoudre nos problèmes actuels. Mais quand nous regardons le passé, c’est toujours au travers de verres déformants : quelle que soit notre idée à ce sujet, cela n’a absolument rien à voir avec la réalité d’alors ! C’est pour cela que les gens sont en désaccord au sujet d’événements qui se sont produits il y a quelques instants à peine.

Les policiers, quand on les appelle pour un accident de la route, savent bien que deux témoins différents, aussi scrupuleusement honnêtes l’un que l’autre, donneront des comptes-rendus du même événement qui seront contradictoires.

Voyant à quel point notre mémoire est peu fiable, nous devons éviter de donner trop d’importance au passé. Nous pouvons l’enterrer, tout comme nous enterrons une personne décédée. Nous enterrons le cercueil ou nous brûlons le corps, et tout est dit.

Ne vous attardez pas sur le passé. Arrêtez de vivre accompagné de cercueils pleins de moments morts. Si vous le faites, vous vous embarrassez de fardeaux pesants qui en réalité ne vous appartiennent pas. En lâchant le passé, vous devenez libre dans l’instant présent. Quant au futur — anticipations, craintes, projets et attentes — laissez cela aussi de côté. Le Bouddha a dit : « Quoi que vous pensiez que l’avenir puisse être, ce sera toujours quelque chose d’autre ».

Le sage sait que le futur est incertain, inconnu et imprévisible. Il est souvent inutile d’anticiper l’avenir, et en méditation c’est toujours une grande perte de temps.

L’esprit est étrange et merveilleux

Quand on travaille sur son esprit, on le trouve très étrange. Il peut accomplir des choses inattendues et merveilleuses. Des méditants qui ont beaucoup de mal à apaiser leur esprit se mettent quelquefois à penser : « Et voilà, c’est reparti pour une nouvelle heure de frustration. » Puis, souvent, il arrive quelque chose d’étrange : alors qu’ils anticipaient un insuccès, ils atteignent un état de méditation très paisible.

Récemment j’ai entendu parler d’un homme qui était venu pour une retraite de dix jours. À la fin du premier jour, ça allait si mal qu’il a demandé à rentrer chez lui. L’instructeur a dit : « Restez encore une journée, et je vous promets que ça ira bien. » Il reste encore une journée, mais ça ne fait qu’empirer. De nouveau il veut partir. L’instructeur recommande à nouveau : « Encore une journée, et ça passera ». Il reste le troisième jour, et c’est encore pire. Chaque soir, pendant les neuf premiers jours, il va voir l’instructeur et demande à rentrer chez lui, et l’instructeur répond : « Encore une journée, et ça passera. » À sa plus grande surprise, le matin du dernier jour, il s’assied pour méditer et il n’a plus aucun problème du tout. Il pouvait rester assis longtemps à méditer sans ressentir de souffrance.

Il fut bien étonné de voir comme cette merveille qu’est l’esprit pouvait produire des résultats si inattendus. Vous ne pouvez donc connaître l’avenir : il peut être tellement étrange et bizarre, tellement au-delà de vos attentes ! Ce qui est arrivé à cette personne peut susciter en vous la sagesse et le courage d’abandonner toute pensée et toute prévision concernant le futur.

Quand vous pensez pendant votre méditation : « Combien de temps encore avant que ce soit fini ? Combien de temps encore à supporter ça ? », vous ne faites que vagabonder dans le futur. Votre souci peut disparaître en un clin d’œil. Vous ne pouvez pas deviner quand cela va se produire.

Lors d’une retraite, il peut vous arriver de penser qu’aucune de vos méditations n’a rien donné. Mais à la prochaine session il se peut qu’une fois assis tout se passe très bien et très paisiblement. Ça alors ! pensez-vous. À présent je sais méditer ! Et puis la méditation suivante est aussi mauvaise que les premières.

Que s’est-il donc passé ?

Mon premier instructeur m’a appris quelque chose qui à l’époque m’a vraiment surpris. Il disait qu’une mauvaise méditation, ça n’existe pas. Il avait raison. C’est dans toutes ces méditations que vous jugez mauvaises ou frustrantes que vous effectuez le travail de fond en vue de la rétribution. C’est comme quelqu’un qui travaille tout le lundi et n’obtient rien à la fin de la journée. « Pourquoi est-ce que je fais ça ? » se demande-t-il. Il travaille tout le mardi en n’obtient rien. Encore une mauvaise journée. De même le mercredi et le jeudi : rien au bout du compte.

Quatre mauvaises journées d’affilée. Puis le vendredi arrive. Il fait le même travail que les autres jours, et à la fin de la journée le patron lui donne sa paie. Ça alors !

Pourquoi n’est-on pas payé tous les jours ?

Pourquoi chaque méditation ne peut-elle être gratifiante ? Comprenez-vous la comparaison ? Pendant les méditations pénibles, vous accumulez du crédit, qui sera la source de votre succès. Pendant les méditations qui vous paraissent dures, vous accumulez de la force, ce qui donnera la dynamique du calme paisible. Et quand il y a suffisamment de crédit, l’esprit s’offre une bonne méditation et c’est jour de paie. Mais n’oubliez pas que c’est dans les méditations prétendument mauvaises que se fait le principal travail.

Le passé et le futur sont des fardeaux

Lors d’une retraite que je supervisais, une femme me dit au cours d’un entretien qu’elle avait été en colère contre moi toute la journée, mais pour deux raisons différentes. Au début, la méditation lui était assez pénible, et elle m’en voulait de ne pas sonner la cloche plus tôt pour signaler la fin de la session. Dans les sessions qui suivirent, elle obtint des états magnifiques et paisibles, et elle m’en voulut de sonner la cloche trop tôt. Pourtant toutes les sessions avaient la même durée d’exactement une heure.

Quand vous anticipez en pensant : « Encore combien de temps avant que la cloche sonne ? », vous ne faites que vous torturer. Donc faites très attention à ne pas vous charger du fardeau du « encore combien de temps ? » ou du « que vais-je faire à présent ? » Si c’est ce que vous pensez, vous n’êtes pas attentif à l’instant présent, vous cherchez les ennuis, vous ne méditez pas.

À ce stade de la méditation, maintenez votre attention exactement à l’instant présent, au point de ne pas savoir quel jour il est, ni quelle heure. Est-ce le matin, l’après-midi ? Aucune idée ! Tout ce que vous savez est que c’est l’instant présent.

Vous serez ainsi à l’heure de ce beau « temps monastique » où l’on médite dans l’instant. Vous n’avez aucune idée du temps qui a passé ou du temps qui reste Vous ne vous rappelez même pas quel jour on est.

La réalité du présent est magnifique et extraordinaire ! Quand vous avez complètement abandonné le passé et le futur, c’est comme si vous reviviez : vous êtes attentif, ici et maintenant. Voilà le premier stade de la méditation, la vigilance maintenue uniquement sur l’instant présent. Parvenu à ce stade, une bonne partie du travail a été fait. Vous vous êtes débarrassé du premier obstacle qui empêche la méditation profonde. Il est important de faire un gros effort pour bien établir et raffermir ce premier stade.

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